02/02/2014

Hockey suisse: honte à eux!

Les dirigeants des clubs de hockey sur glace de LNA jouent les apprentis sorciers, histoire de plagier la trentaine de franchises de la Nationale Hockey League (NHL). Alors qu’un monde, que dis-je, un océan les sépare. D’un côté, le plus grand championnat du monde qui draine des centaines de millions de dollars; de l’autre un pâle ersatz, bouffi de vanités!

Désormais, la petite Suisse parodie la grande Amérique en matière d’échange de joueurs. Le processus a été initié par Chris McSorley dès son arrivée en 2001 à Genève. Combien de joueurs de Genève-Servette en disgrâce ont-ils été priés de s’expatrier vers d’autres horizons en cours de saison alors que leur contrat de travail courait encore? Franchement, on ne sait plus! Freddy Bobillier, Patrice Brasey et Yanick Lehoux, pour ne citer qu’eux, ont joué les précurseurs, bien malgré eux, de ce grand nettoyage importé d’Outre-Atlantique. Gian-Marco Crameri, lui aussi. Sauf que son cas a fait jurisprudence si l’on peut s’exprimer ainsi. Pour non respect d’un contrat de travail, Genève-Servette a été condamné à verser une indemnité de plus de 500’000 francs par le Tribunal fédéral à l’attaquant grison.

A son épilogue, en 2008, l’affaire avait fait grand bruit. Conforté par ce jugement, Gianluca Mona, prié de faire ses valises direction le Lausanne HC (LNB), un an plus tard par Chris McSorley, s’était rebellé. Prêt à mettre fin à sa carrière, il avait gagné son bras de fer avec l’Ontarien et obtenu la pleine et entière compensation de son salaire. Assortie d’une indemnité de déplacement, qui avait fait grincer des dents l’entraîneur-manager de Genève-Servette.

Mais le temps passant, et les principales organisations du pays emboîtant le pas à Chris McSorley, les joueurs sont redevenus une monnaie d’échanges jetables à merci, entre les clubs. Derniers exemples en date, ceux de Jérémie Kamerzin, John Fritsche et Romain Loeffel, qui ont appris qu’ils faisaient l’objet d’une transaction commune entre Genève-Servette et Fribourg-Gottéron sans avoir été prévenus. C’était à prendre ou à laisser avec le risque, en cas de refus, de finir la saison dans les tribunes. Les deux premiers joueurs ont quitté les Vernets et Chris McSorley sans véritable regret; le troisième larron, qui a fait toutes ses classes à Gottéron, s’est plaint de ce traitement de choc sur les ondes de Radio Fribourg: «On n’est que des numéros…»

 

Les tenants d’un libéralisme effréné applaudissent des deux mains ces méthodes à la hussarde. Grand bien leur fasse. Mais la manière dont l’affaire s’est conclue interpelle. Les  joueurs ont été mis devant le fait accompli; leurs droits élémentaires ont été bafoués. Navré, mais ces tristes mœurs importées d’Amérique du Nord ne font honneur ni au hockey suisse, qui se voit plus beau qu’il n’est, ni à ses dirigeants et coaches. Ou quand la grenouille veut se faire plus grosse que le bœuf…

 

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Commentaires

Bravo pour votre texte !

L'entraîneur du GE-Servette se croit tout permis : dans sa façon de se comporter vis-à-vis du corps arbitral et des joueurs. Vous avez rappelé très justement le cas Gian-Marco Crameri qui avait gagné - si mes souvenirs sont bons - en saisissant le Tribunal fédéral d'un recours. Il avait eu entièrement raison.

Je pense que les joueurs cités devraient saisir la justice ou tout au moins demander un avis de droit à un avocat spécialiste en droit du travail car on peut facilement imaginer que les dirigeants des clubs de football voyant cela s'y mettent aussi à échanger leurs joueurs sans que ceux-ci puissent donner leur avis.

Dire à un joueur "c'est à prendre ou à laisser" serait-ce une forme de chantage ce qui deviendrait alors "pénal" ?

Est-ce que les instances dirigeantes de la LSHG vont réagir ou laisser faire ?

Écrit par : Lise | 02/02/2014

On a l'impression que vous débarquez.
Ma fille est une fan du GSHC et je regarde avec elle depuis un an ou deux de temps en temps un match. Et bien ces pratiques que vous dénoncez semblent monnaie courante si j'ose dire.
Et oui, c'est du business et personne ne semble s'en offusquer et surtout pas les sportifs qui signent les contrats. Sauf ma fille qui ne comprend pas que je sois pour les meilleurs indépendamment du canton qu'il sont censés représenter.
Car finalement qu'est-ce qui est important ? La ferveur nationale, cantonale ou bien le beau jeu ?
Et puis le sport de nos jours, c'est quoi sinon du spectacle qui rapporte de gros sous ?
En fin de compte, je suis plutôt content de ce brassage. L'équipe de Suisse de foot n'a de suisse que le nom. Comme l'équipe de France et bien d'autres.
Il deviendra tôt ou tard ridicule de défendre un drapeau au travers du sport. Mais faudra trouver autre chose pour garder le sel de la compétition.

Écrit par : Pierre Jenni | 02/02/2014

bonjour,

Je suis depuis quelques dizaines d'années le hockey et j'avoue que cette façon de procéder en utilisant les joueurs comme de la marchandise me dérange.

L'entraîneur du GE-Servette veut tout diriger, décider seul de ce qui est bon ou pas bon que ce soit pour le club et/ou les joueurs et on peut constater une chose, malgré tous ses efforts il lui manque le titre de Champion Suisse, c'est son but et pourtant ... le titre lui a échappé jusqu'à maintenant. Gagner la Spengler est une chose, le championnat suisse en est une autre.

Ce n'est pas débarquer d'une autre planète ce qu'a écrit M. Andrié, il a raison. Les joueurs de hockey sont avant tout des êtres humains, avec leurs défauts et leurs qualités.

Apprécieriez-vous un soir en quittant votre place de travail que votre patron vous dise : dès demain, vous irez travailler chez XXXX ! YZ viendra prendre votre poste !

Sans doute pas !

Moi en tout cas pas !

Écrit par : Lise | 03/02/2014

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