La frayeur de Charles Ritzi

A la retraite depuis le 23 octobre 2013, j'ai oeuvré successivement à la Semaine Sportive (1967-1969), à La Suisse (1969-1994), au Nouveau Quotidien (1994-1995) et à la Tribune Genève (1995-2013). Je vous propose de partager quelques souvenirs d'un demi-siècle au coeur du sport. Aujourd'hui: un boxeur américain à Genève.

14 avril 1972, Genève brûle d’envie de revoir à l’oeuvre son idole, Roger Menetrey, dit La Foudre. Voyez plutôt: 44 victoires dont 34 avant la limite, 1 nul, 4 défaites seulement. Excusez du peu! Depuis sa dernière apparition sur les rings genevois, l’Annecien a défendu en virtuose son titre européen des poids welters contre son compatriote Robert Gallois (49 victoires, 2 nuls, 5 défaites), par k.-o au 5e round.

Pour la rentrée de son boxeur fétiche, le promoteur genevois Charles Ritzi jette son dévolu sur un adversaire américain. Les Etats-Unis font toujours rêver lorsque l’on parle noble art. Sauf qu’en la circonstance, c’est un cauchemar que vit l’organisateur.

Quelques jours seulement avant le combat, l’adversaire de Roger Menetrey déclare forfait. Qu’à cela ne tienne: le correspondant de Charles Ritzi Outre Atlantique lui trouve un remplaçant, qui débarque 48 heures seulement avant le meeting, à Genève.

Art Kettles, à peine descendu de l’avion, se rend à la salle d’entraînement du Boxing Club Genevois. Lorsqu’il ouvre son sac de sports et en retire un short et un t-shirt tout fripés et mité - des guenilles en fait - Charles Ritzi pâlit: “Pourvu que ce ne soit pas un tocard”, s’interroge-t-il à haute voix. Il est vite rassuré. Sur le ring, Art Kettles dessine des arabesques et se déplace comme un félin.

A l’heure dite, Roger Menetrey, qui n’apprécie que modérément les adversaires fuyants, a toutes les peines du monde à faire façon du Noir américain qui lui glisse entre les gants. Au moment du verdict, l’Annecien est pourtant justement déclaré vainqueur aux points.

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