Scènes d'émeutes à Zurich

Durant les 46 années (1967-2013) de ma carrière de journaliste sportif à la Semaine sportive, à la Suisse et à la Tribune de Genève, je me suis passionné pour le tennis, le hockey sur glace, la boxe, le cyclisme sans oublier le football et tant d'autres disciplines. Je vous propose aujourd'hui de revivre le championnat du monde de boxe Chervet-Chionoi (photo) en avril 1974 à Zurich.

Vous l’avez deviné, la boxe a tenu une part importante dans ma vie de journaliste. Comment, par exemple, oublier cette soirée d’anthologie d’avril 1974 au Hallenstadion de Zurich, plein à ras bord pour l’occasion. C’est là que se joue le championnat du monde des poids mouche (50,800 kg), version WBA (World Boxing Association), entre le Thaïlandais Chartchai Chionoi, tenant du titre, et le Bernois Fritz Chervet, son challenger officiel.

Le combat est âpre, équilibré, tout simplement somptueux, jusqu’au moment où Fritz Chervet, survolté par un public en transe, prend clairement l’ascendant sur le champion du monde grâce à ses fulgurances et à son art de l’esquive. Au terme des quinze rounds, le verdict ne fait aucun doute: le frêle boxeur suisse a clairement donné une leçon de boxe au sculptural Thaïlandais et la victoire lui revient de plein droit. Sauf pour un juge (thaïlandais!) et l'arbitre américain, aveuglés par leur partialité. “J’ai l’impression de m’être fait rouler dans la farine”, avoue Charly Buhler, l’entraîneur de Fritz Chervet, lorsqu’il prend sa retraite vingt-cinq ans plus tard.

Fritz Chervet est tombé dans un guet-apens. La World Boxing Association, fédération d’obédience américaine et asiatique ne veut pas que le titre lui échappe et s’expatrie en Europe. Pas question de laisser un petit pays comme la Suisse, que les Etats-Unis confondent avec la Suède, s'emparer de la couronne mondiale.

Autant dire que le verdict provoque une violente et rageuse réaction du public suisse tout acquis à la cause de son champion emblématique. Les bouteilles et les chaises giclent en rafales sur le ring. Les officiels, affolés par ces scènes d'émeutes surréalistes, courent se mettre à l’abri dans les coulisses, pas fiers de leur magouille. Je me réfugie sous le ring pour me protéger d'objets volants clairement identifiés qui s'abattent de partout. Fritz Chervet, lui, quitte l’arène, porté en triomphe par ses supporters. “Même injustement battu, il peut affirmer sans honte: “J’ai gagné ce soir.”

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