• Je prends Fritz Chervet en stop

    Pendant 46 ans, j'ai eu le privilège d'exercer la profession de journaliste du sport à la Semaine Sportive (1968-1969), à La Suisse (1969-2004), au Nouveau Quotidien (1994-1995) et à la Tribune Genève (1995-2013). Je vous propose de revivre quelques moments forts de cette longue aventure. Aujourd'hui: un voyage en stop avec Fritz Chervet, champion d'Europe de boxe et, hélas, décédé le 29 août 2020 à l'âge de 77 ans.

    Les hasards de la vie réservent parfois d’étonnantes surprises. Tenez, ce jour de beau temps où l’idée me vient d’aller me promener avec ma femme au lac de Sauvabelin, dans la forêt éponyme au-dessus de Lausanne. Au moment de me diriger vers l’embranchement de l’autoroute Genève-Lausanne au lieu-dit le Vengeron, je distingue un quidam, accompagné de son chien, qui fait de l’autostop.  

    “Mais ne serait-ce pas Fritz Chervet”, dis-je à ma femme. Ni une ni deux, je fais demi-tour pour en avoir le cœur net. Arrivé à sa hauteur, le doute n’est plus permis: il s’agit bien du champion d’Europe en titre des poids mouche. “Salut Fritz, où vas-tu là?” “Je rentre à Berne” me répond-il. “Je te dépose sur les hauts de Lausanne tout près de l’autoroute. C’est ok pour toi”

    Affaire conclue. Chemin faisant, nous parlons de tout et de rien. Autant d’instants magiques gravés à jamais dans ma mémoire. 

  • Scène surréaliste à Wimbledon

    Pendant 46 ans, j'ai eu le privilège d'exercer la profession de journaliste du sport à la Semaine Sportive (1968-1969), à La Suisse (1969-2004), au Nouveau Quotidien (1994-1995) et à la Tribune Genève (1995-2013). Je vous propose de revivre quelques moments forts de cette longue aventure. Aujourd'hui: fausse note au tournoi de tennis se Wimbledon.

    Ils sont fous ces Anglais. Et aussi tellement fascinants! La scène se passe sur le parking principal du tournoi de Wimbledon, où des centaines de voitures saccagent jour après jour - qu’il vente, qu’il pleuve ou que le soleil brille - le terrain du Wimbledon Park Golf club, qui jouxte les installations du mythique tournoi de tennis. Shocking!

    Là, à côté de sa Rolls, un couple bon chic bon genre déguste son repas de midi en toute décontraction, à même une table de camping sur laquelle, Monsieur et Madame ont dressé une nappe sortie tout droit de leur panier à pique-nique. En osier comme il se doit... Scène surréaliste, qui se déroule pourtant dans l’indifférence générale.

    Plus fort encore, le premier dimanche de la quinzaine du gazon, qui fait relâche ce jour-là, pour préserver la tranquillité des riches propriétaires du coin, des touristes français profitent de l'aubaine pour squatter sans vergogne les greens du club golf et jouer au foot avec leurs enfants. En toute impunité. Le gardien des lieux doit dormir du sommeil du juste. Ou s’enfiler quelques pintes de bière à l’abri des regards...

  • J'affonte le sosie de Mike Tyson

    Durant les 46 années (1967-2013) de ma carrière de journaliste sportif à la Semaine sportive, à la Suisse et à la Tribune de Genève, je me suis passionné pour le tennis, le hockey sur glace, la boxe, le cyclisme sans oublier le football et tant d'autres disciplines. Aujourd'hui, je vous propose de partager une de mes nombreuses aventures à Wimbledon.

    A Londres, je n’ai jamais compris la réglementation des passages pour piétons sans signalisation lumineuse. Qui a la priorité? L‘automobiliste, farouchement épris de liberté, ou le simple pékin, qui traverse la rue au péril de sa vie? Un soir dans le Village de Wimbledon, où il m’est arrivé de partager un café avec Roger Federer, sa future femme Mirka Vavrinec, son entraîneur Peter Lundgren et mon ami journaliste Roger Jaunin. Ou de croiser Andy Roddick, la sublime Maria Sharapova, Martina Navratilova, Martina Hingis, Amélie Mauresmo et sa bande, les sœurs Williams et leur mère au supermarché du coin, je craque et je donne un coup de pied dans la portière d’une voiture, qui a failli m’envoyer valser sur la chaussée.

    L’affaire n’en reste pas là. Très fâché, le conducteur, un Noir sculptural, cou de taureau, biscoteaux à la Popeye, bondit hors de sa voiture. Mon Dieu, c’est le sosie de Myke Tyson pour ce que j’en aperçois dans la nuit. Mon cœur s’emballe, mais je n’en perds pas pour autant le nord.

    Trois possibilités s’offrent à moi pour rester en vie ou éviter de me faire massacrer. La première, la plus sage, fuir sans demander mon reste en espérant que le bonhomme ne court pas aussi vite que Dwain Chambers, le sprinter britannique titré sur 100 mètres au plan mondial et européen; la deuxième, m’excuser platement pour apaiser le courroux légitime de mon interlocuteur; la troisième, la plus insensée, l’affronter droit dans les yeux et le couvrir d’injures en français, et un peu en anglais.

    Je choisis la dernière option. Tétanisé, le quidam me prend pour un fou et remonte dans sa voiture sans demander son reste, sous le regard des buveurs de bière, déjà passablement éméchés, du pub d’en face. Pour l’occasion, j’ai droit à une standing-ovation de leur part. C’est décidément mon jour de gloire.

  • Scènes d'émeutes à Zurich

    Durant les 46 années (1967-2013) de ma carrière de journaliste sportif à la Semaine sportive, à la Suisse et à la Tribune de Genève, je me suis passionné pour le tennis, le hockey sur glace, la boxe, le cyclisme sans oublier le football et tant d'autres disciplines. Je vous propose aujourd'hui de revivre le championnat du monde de boxe Chervet-Chionoi (photo) en avril 1974 à Zurich.

    Vous l’avez deviné, la boxe a tenu une part importante dans ma vie de journaliste. Comment, par exemple, oublier cette soirée d’anthologie d’avril 1974 au Hallenstadion de Zurich, plein à ras bord pour l’occasion. C’est là que se joue le championnat du monde des poids mouche (50,800 kg), version WBA (World Boxing Association), entre le Thaïlandais Chartchai Chionoi, tenant du titre, et le Bernois Fritz Chervet, son challenger officiel.

    Le combat est âpre, équilibré, tout simplement somptueux, jusqu’au moment où Fritz Chervet, survolté par un public en transe, prend clairement l’ascendant sur le champion du monde grâce à ses fulgurances et à son art de l’esquive. Au terme des quinze rounds, le verdict ne fait aucun doute: le frêle boxeur suisse a clairement donné une leçon de boxe au sculptural Thaïlandais et la victoire lui revient de plein droit. Sauf pour un juge (thaïlandais!) et l'arbitre américain, aveuglés par leur partialité. “J’ai l’impression de m’être fait rouler dans la farine”, avoue Charly Buhler, l’entraîneur de Fritz Chervet, lorsqu’il prend sa retraite vingt-cinq ans plus tard.

    Fritz Chervet est tombé dans un guet-apens. La World Boxing Association, fédération d’obédience américaine et asiatique ne veut pas que le titre lui échappe et s’expatrie en Europe. Pas question de laisser un petit pays comme la Suisse, que les Etats-Unis confondent avec la Suède, s'emparer de la couronne mondiale.

    Autant dire que le verdict provoque une violente et rageuse réaction du public suisse tout acquis à la cause de son champion emblématique. Les bouteilles et les chaises giclent en rafales sur le ring. Les officiels, affolés par ces scènes d'émeutes surréalistes, courent se mettre à l’abri dans les coulisses, pas fiers de leur magouille. Je me réfugie sous le ring pour me protéger d'objets volants clairement identifiés qui s'abattent de partout. Fritz Chervet, lui, quitte l’arène, porté en triomphe par ses supporters. “Même injustement battu, il peut affirmer sans honte: “J’ai gagné ce soir.”