En panne avec le vicomte Jean de Gribaldy

Pendant 46 ans, j'ai eu le privilège d'exercer la profession de journaliste du sport à la Semaine Sportive (1968-1969), à La Suisse (1969-2004), au Nouveau Quotidien (1994-1995) et à la Tribune Genève (1995-2013). Je vous propose de revivre quelques moments forts de cette longue aventure. Aujourd'hui :une étape du Tour de Romandie cycliste vraiment pas comme les autres.

Jean de Gribaldy, de son vrai nom Jean Prosper Laurent Simon de Gribaldy, dit le Vicomte (ça ne s’invente pas!), se démarque de ses congénères dans le peloton cycliste. Ami proche de Johnny Hallyday, ce directeur sportif de vingt et une (!) équipes de 1964 à 1987, a le port altier, l’élégance d’un prince et des méthodes de management anticonformistes.

Il veille sur ses ouailles comme une mère poule, mais dans un certain dénuement. Pas d’hôtel 5 étoiles aux arrivées d'étape, mais des logements spartiates, point d’autocar non plus. Les musettes des coureurs ne contiennent que le strict nécessaire en victuailles. “Vous comprenez, me dit-il lors d’un fameux Tour de Romandie (je vais y revenir), si les coureurs mangent léger, ils volent en montagne."

Lors de ce fameux Tour de Romandie, je demande à Jean de Gribaldy si je peux suivre l’étape jurassienne dans sa voiture de directeur sportif, une Peugeot (ou une Renault) apparemment pas de prime jeunesse à y regarder de plus près. J’en fais l’amère et excitante expérience dans la montée du Mont-Soleil lorsqu’elle rend l’âme sans crier gare.

Adieu coureurs, peloton et la ligne d’arrivée à Saint-Imier. Je suis paumé dans la nature avec le directeur sportif, son chauffeur, Christian Woeffray, un ancien coureur cycliste genevois. Un ami aussi. Plutôt que de pleurer sur notre triste sort, nous prenons très vite le parti d’en rire. Sans le vouloir, nous sommes devenus les héros, bien malgré nous, de cette étape. Comment ai-je rallié l’arrivée? Je ne m'en souviens plus, la faute au temps qui passe.

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