• Fritz Chervet dans un four à peinture!

    Pendant 47 ans, j'ai eu le privilège d'exercer la profession de journaliste du sport à la Semaine Sportive (1967-1969), à La Suisse (1969-2004), au Nouveau Quotidien (1994-1995) et à la Tribune Genève (1995-2013). Je vous propose de revivre quelques moments forts de cette longue aventure. Aujourd'hui: Fritz Chervet se fait une grosse frayeur.

    Le 13 octobre 1972, Fritz Chervet est appelé à défendre sa couronne européenne des poids mouche à Genève contre son challenger officiel, l’Espagnol Mariano Garcia. Comme le veut le règlement et l'usage bien ancrés dans les mœurs du Noble Art, la cérémonie de pesée parée d’une certaine solennité, a lieu en fin de matinée, le jour du combat. À charge pour les deux boxeurs de ne pas dépasser la limite de la catégorie, fixée à 50,800 kg

    Mariano Garcia est le premier à monter sur la balance. Aucun problème pour le fier Ibère, il fait le poids. Au tour maintenant de Fritz Chervet, qui s’avance vers cet instrument de torture. Vous l’allez comprendre pourquoi : pour la première fois de sa carrière dans un combat titre en jeu, le méticuleux pugiliste bernois, dépasse la marque des 50,800 kg de quelques centaines de grammes, cinq cents exactement.

    Son prévôt, Charly Buhler, feint l’étonnement. La veille au soir, Fritz Chervet pesait 52 kilos. Le boxeur avouera plus tard qu’il avait succombé aux spaghettis cuisinés avec amour par sa maman.

    Charles Ritzi, le promoteur de la soirée, est blême. Le règlement en la matière est précis : Fritz Chervet a une heure, pas une minute de plus, pour maigrir. Sinon, le combat perdra son label de championnat d’Europe et les spectateurs seront forcément frustrés. Sans parler de la déchéance du champion en titre.

    Mais la providence veille : la pesée a lieu dans une carrosserie de la banlieue genevoise. Et comme toute carrosserie qui se respecte, elle abrite un four à peinture. C’est dans ce local chauffé à blanc que Fritz Chervet sue tant et plus pour évacuer ces satanés grammes en trop.

    Pari gagné soixante minutes plus tard. La balance indique 50,400 kg. L’assistance respire mieux après ce coup de chaleur. Et, le soir venu, Fritz Chervet enchaîne une énième victoire comme si de rien n’était malgré la résistance héroïque de Mariano Garcia. Tout juste concède-t-il avoir connu un petit coup de mou en fin de combat.

  • Quand Facchi me confond avec un boxeur

    Pendant 47 ans, j'ai eu le privilège d'exercer la profession de journaliste du sport à la Semaine Sportive (1967-1969), à La Suisse (1969-2004), au Nouveau Quotidien (1994-1995) et à la Tribune Genève (1995-2013). Je vous propose de revivre quelques moments forts de cette longue aventure. Aujourd'hui: réunion de boxe à Neuchâtel avec un hôte de marque.

    Natif de Berne, Fritz Chervet est aussi adulé en Suisse romande. Que ce soit à Genève, où il livre le premier combat professionnel de sa carrière, Fribourg, Lausanne, Yverdon où Neuchâtel, le petit Mozart de la boxe éblouit le public.

    Ce 19 mai 1972, à Panespo, il affronte Dominique Cesari, qui prépare son combat revanche contre Gérard Macrez, titre national français en jeu. Pour la petite histoire Fritz Chervet gagne aux points et obtient la 42e victoire depuis le début de sa carrière. 

    A Neuchâtel, Gilbert Facchinetti, l’emblématique président de Xamax, ne raterait pour rien au monde cette soirée de gala. A l’entracte, pris d’une envie pressante, il rejoint les WC publics de Panespo où je l’ai précédé. Il me dévisage sans pouvoir mettre un nom sur ma personne.

    On se fréquente pourtant depuis quelques années au bord des pelouses, au stade de la Maladière surtout. Soudain, sa mémoire, défaillante en la circonstance, lui revient d’un seul coup d’un seul. L’esprit embrumé, il me confond avec un boxeur. “Bien boxé, ce soir, bravo!”, me dit-il, avant de tourner les talons. Me laissant pantois et pensif. A ma connaissance, je ne suis jamais monté sur un ring, même si j’ai filé et pris des gnons quand j’étais un enfant plutôt bagarreur, dois-je le reconnaître... 

  • Un passager encombrant à Belgrade

    Pendant 47 ans, j'ai eu le privilège d'exercer la profession de journaliste du sport à la Semaine Sportive (1967-1969), à La Suisse (1969-2004), au Nouveau Quotidien (1994-1995) et à la Tribune Genève (1995-2013). Je vous propose de revivre quelques moments forts de cette longue aventure. Aujourd'hui: mes premiers championnats du monde de hockey sur glace, à Belgrade.

    En mars 1978, le journal La Suisse m’envoie à Belgrade pour suivre mes premiers championnats du monde de hockey sur glace. À l’époque, la Suisse privée d’une partie de ses meilleurs joueurs réfractaires à une sélection, milite dans le groupe B en compagnie de la Pologne, du Japon, de la Norvège, de la Roumanie, de la Hongrie de la Yougoslavie, pays hôte, et de l’Italie.

    Je fais le déplacement avec Serge Dournow, un journaliste libre, bien trop tôt disparu, et je noue une relation privilégiée avec Aldo Zenhäusern, le capitaine sans peur et sans reproche de cette sélection helvétique faite de bric et de broc. Et qui termine à un honorable troisième rang que l’on fête dans un bar bien caché dans la vieille ville de Belgrade et connu des seuls joueurs helvétiques.

    Je découvre aussi la campagne yougoslave lors du jour de congé de ces championnats du monde. Nous en profitons, Serge Dournow et votre serviteur pour aller manger accompagnés d’un passager de renom, on veut dire André Perey, président de la Ligue nationale suisse de hockey sur glace. Bon vivant, le syndic de Vufflens-le-Château aime la bonne chère. Il dégotte au débotté un restaurant de grillades dans un coin perdu. On se régale pour un prix modique.

    Nous voyageons dans une VW Coccinelle de location. Avec son embonpoint, André Perey éprouve toutes les peines du monde à s’installer sur le siège avant. Pour en sortir, c’est une tout autre affaire. Nous ne sommes pas trop de deux, Serge et moi, pour extirper le président de sa fâcheuse posture. Mais, partant du principe, que si notre hôte a réussi à entrer dans la voiture, il doit forcément en sortir, nous menons notre mission à bien. Dans un immense éclat de rire général.

  • En panne avec le vicomte Jean de Gribaldy

    Pendant 46 ans, j'ai eu le privilège d'exercer la profession de journaliste du sport à la Semaine Sportive (1968-1969), à La Suisse (1969-2004), au Nouveau Quotidien (1994-1995) et à la Tribune Genève (1995-2013). Je vous propose de revivre quelques moments forts de cette longue aventure. Aujourd'hui :une étape du Tour de Romandie cycliste vraiment pas comme les autres.

    Jean de Gribaldy, de son vrai nom Jean Prosper Laurent Simon de Gribaldy, dit le Vicomte (ça ne s’invente pas!), se démarque de ses congénères dans le peloton cycliste. Ami proche de Johnny Hallyday, ce directeur sportif de vingt et une (!) équipes de 1964 à 1987, a le port altier, l’élégance d’un prince et des méthodes de management anticonformistes.

    Il veille sur ses ouailles comme une mère poule, mais dans un certain dénuement. Pas d’hôtel 5 étoiles aux arrivées d'étape, mais des logements spartiates, point d’autocar non plus. Les musettes des coureurs ne contiennent que le strict nécessaire en victuailles. “Vous comprenez, me dit-il lors d’un fameux Tour de Romandie (je vais y revenir), si les coureurs mangent léger, ils volent en montagne."

    Lors de ce fameux Tour de Romandie, je demande à Jean de Gribaldy si je peux suivre l’étape jurassienne dans sa voiture de directeur sportif, une Peugeot (ou une Renault) apparemment pas de prime jeunesse à y regarder de plus près. J’en fais l’amère et excitante expérience dans la montée du Mont-Soleil lorsqu’elle rend l’âme sans crier gare.

    Adieu coureurs, peloton et la ligne d’arrivée à Saint-Imier. Je suis paumé dans la nature avec le directeur sportif, son chauffeur, Christian Woeffray, un ancien coureur cycliste genevois. Un ami aussi. Plutôt que de pleurer sur notre triste sort, nous prenons très vite le parti d’en rire. Sans le vouloir, nous sommes devenus les héros, bien malgré nous, de cette étape. Comment ai-je rallié l’arrivée? Je ne m'en souviens plus, la faute au temps qui passe.